Faut-il profiter des bas taux d’intérêt?

Les taux d’intérêt sont à un creux historique. Devez-vous alors fixer votre taux pour la plus longue période possible?

Les taux d’intérêt ont toujours joué un rôle important dans le choix d’un prêt hypothécaire. Vaut-il mieux s’assurer d’un taux fixe de 5 ans ou contracter un taux à plus court terme dans l’espoir que les taux baissent ? C’est la question classique des acheteurs d’une propriété.

Dans le contexte actuel, on pourrait croire que la réponse à cette question est évidente. Intuitivement, on se dit que des taux aussi bas devraient inciter les emprunteurs à fixer leurs taux pour la plus longue période de temps possible. Mais est-ce vraiment si évident ?

La question est de savoir quand la politique de taux d’intérêt très bas pratiquée par la Banque du Canada (BdC) va s’inverser. Durant les derniers mois de 2012, celle-ci disait percevoir des signaux chez les indicateurs économiques qui pourraient l’inciter à possiblement augmenter les taux durant la deuxième moitié de l’année 2013. Mais ces indicateurs économiques se sont ensuite rapidement détériorés, si bien qu’elle a modifié son discours à la suite de ses deux dernières réunions.

La BdC a d’abord adouci la mention faisant référence à des hausses éventuelles de taux directeurs au sortir de sa réunion de janvier. Puis, elle a fait un pas additionnel lors de sa réunion du mois de mars en déclarant que la détente monétaire actuelle demeurera probablement en place pendant un certain temps. Pour quelqu’un, tel Benoît Desrochers, économiste principal chez Desjardins, qui sait lire entre les lignes des communiqués de la BDC, cela signifie qu’une hausse des taux d’intérêt n’est pas pour demain. « Compte tenu des nombreuses difficultés économiques, la BdC devra patienter au moins jusqu’à la fin de 2014 avant de procéder à une hausse de ses taux directeurs », prévoit-il.

Les autres facteurs

Bien que les taux ne semblent pas destinés à monter cette année, est-ce que cela devrait influencer ceux qui auront à contracter ou à renouveler un prêt hypothécaire au cours des prochains mois ? « Oui et non », répond Lise Lefrançois, spécialiste hypothécaire au Groupe financier BMO. « Il y a d’autres facteurs autant sinon plus importants que les taux d’intérêt pour déterminer le terme idéal d’un prêt hypothécaire, et ils dépendent de la situation de chacun », dit-elle.

Il ne faut pas oublier que résilier un prêt hypothécaire avant terme implique des pénalités élevées, si bien qu’il importe au moment de choisir le terme de l’hypothèque de prévoir combien de temps on va habiter la propriété.

Parmi les facteurs pouvant forcer à mettre fin ou à modifier un prêt hypothécaire, il y a l’âge et l’état de santé, bien sûr. Mais aussi, la situation professionnelle et familiale. Serez-vous amener à déménager à cause d’un changement d’emploi ? Souhaitez-vous la venue d’un ou de plusieurs enfants, ce qui nécessiterait l’achat d’une plus grande maison ?

Par ailleurs, pour ceux dont l’achat de la propriété constitue un investissement à long terme, il est tout-à-fait logique d’opter pour le terme de 5 ans fixe, indique Mme Lefrançois.

Négocier pour obtenir le meilleur taux

Bien que les taux d’intérêt sur les prêts hypothécaires aient tendance à converger d’une institution financière à l’autre, il est possible d’obtenir un meilleur taux que celui affiché si on sait bien négocier, explique Éric Chamelot, vice-président adjoint, Gestion des produits de financement à la Banque Laurentienne.

Afin de faciliter la négociation, il faut se placer en bonne position pour le faire. D’abord, bien s’informer, c’est-à-dire être au fait des taux offerts par chacun. Mais aussi, et surtout, établir une bonne relation avec son conseiller bancaire. Il faut faire en sorte d’être bien connu du conseiller, soit par des transactions antérieures ou par des discussions concernant ses projets ou ses placements.

Attention toutefois de ne pas pousser trop fort. « Quitter sa banque pour réaliser un petit en gain n’en vaut pas généralement la peine », dit M. Chamelot. « À long terme, il y a intérêt à demeurer au même endroit ».

Jean Gagnon., collaboration spéciale
La Presse, 28 Mars 2013